- AUTODIDACTE -
Pour me maintenir droite dans le présent, je peins. Et c’est à la volée que je dépose sur le tissu tendu, peinture, colle, vernis, pierre ou gravier, bijoux cassés, sans savoir là, ce qu’il va en advenir. La seule idée qui m'habite est que, quoi qu’il en soit de « ces choses », ces choses emprunteront ; la figure fugitive de mes appréhensions, trouveront la meilleure façon de conjurer mes peurs, marqueront mon refus à me limiter à l'attente de l'autre pour mieux le surprendre dans son désir d'inconnu, la signature d’une anarchie toujours au rendez-vous. Le plus souvent, je doute du résultat. J'affronte donc la peinture telle une matière à sculpter, sans compter ni les heures ni les jours, ni le poids de l'oeuvre à sa finalité, au sens propre comme au sens figuré. Je rajoute de la couleur, des formes, de la profondeur, de la perspective, j'y noie songes et poésies jusqu’à ce qu’une impulsion fortuite survienne tandis que tout me semblait perdu. Ainsi, ce qui était encore sous-jacent jaillit, enterrant les doutes, éclairant ce qui restait confus, éloignant la peur. Je pressens un début d’image, de paysage, de visage, que je peaufine. Les émotions s'imposent provoquant des visions intérieures, et mes doigts écrivent sur la toile. Un jour, je montre le tableau, me disant que j'y reviendrai probablement encore, plusieurs fois, attentive au jugement de mon propre regard. Je suis dans la surprise, la paix, dans un bien-être sauveur, dans une réelle jouissance. J'admets avec sérieux que j'ai vaincu le néant. En un mot que j'ai créé.Apaisée, j'abaisse l'étendard barbare et je m'autorise à des rêveries. Valentine. « Tu sais qu’il n’est rien de plus merveilleux que de laisser parler ses mains. Peindre, pour moi, c’est éviter la fragilité des mots », ajoute-t-elle, comme pour détourner habilement la conversation lorsqu’on veut l’amener à trop épiloguer sur les pensées qui la guident. Alors, il n’est rien de mieux que de se taire, d’observer et de se laisser envahir par l’atmosphère bizarroïde de ses créations. Elle ne veut rien en dire de plus, car elle peint comme elle vit, avec pudeur, élégance et fierté dans une ouverture magistrale à ce qui peut arriver de neuf, d’imprévisible, d’inespéré. C’est sans doute dans cette attitude qu’il faut comprendre le foisonnement de sa créativité, libre des courants, écoles, genres et autres déguisements qui enferment, protègent, rassurent et finissent quelquefois par lasser. Emmanuelle B. (c'est l'époque peinture)
Née à Lyon le 3I décembre I938, Valentine Brun est une artiste autodidacte et polymorphique. Vers 30 ans, elle a commencé à travailler comme styliste et décoratrice sur textile et s'est longtemps satisfaite d'exprimer ainsi sa créativité. Depuis 1992, après de nombreuses péripéties professionnelles et personnelles, elle ressent un incontournable besoin d'exprimer ses drames, ses doutes, ses joies et sa foi dans la vie en laissant parler ses mains. Créer est devenu son nécessaire chemin vers sa paix intérieure. André Comte-Sponville exprime parfaitement ce qu'elle pense quand il écrit dans "La sagesse des Modernes" chez Robert Laffont. "On peut... faire de la musique, de la peinture, de la sculpture non pour faire moderne ou être d'avant-garde, mais parce qu'on a quelque chose à dire ou à exprimer, parce qu'on a du plaisir ou de l'émotion à offrir, parce qu'on voudrait aider la vie à se déclarer". Marie-Dominique T. (c'était l'époque sculpture)
